Je me suis réveillé à 7 heures du matin. Je m'étais couché vers 23 heures la veille, ce qui m'avait permis de dormir huit heures d'affilée. Quand on voyage de sauna en sauna, certains hôtels se prêtent au sommeil, d'autres non. L'Hotel Kyoto Eminas, mon hébergement pour ce voyage, a définitivement rejoint la première catégorie. Une fois prêt, je suis sorti faire une petite promenade matinale, puis j'ai profité du buffet du petit-déjeuner. Ensuite, je me suis installé au Ogawa Coffee, juste à côté de l'hôtel, pour savourer un café avant de rentrer et de paresser un moment, le temps de choisir ma première destination de la journée.
Aujourd'hui, j'ai prévu de faire le tour des sento. Kyoto regorge de ces bains publics qui attirent des amateurs de sauna du pays entier, et ils sont tellement concentrés qu'on peut en enchaîner plusieurs à pied. Ma première étape : Goko-yu, un sento célèbre qui a notamment servi de décor à la série télévisée « Sado ».
Voici mon plan pour la journée : d'abord faire une ou deux séries à Goko-yu, puis me rendre à Hakusanyu Takatsuji-ten, réputé pour la qualité de son eau, et y entrer de nouveau dans le sauna. Les amateurs de saké appellent « hashigo » le fait de faire la tournée des bars ; moi, je m'apprête à faire le « hashigo » des saunas. Ce n'est pas ma première fois, je connais le rythme. Allez, en route !
Je gare ma voiture dans un parking du coin et me dirige vers Goko-yu. Sa façade correspond exactement à l'image qu'on se fait d'un bain de quartier. Contrairement aux super-sento, le sento traditionnel se niche discrètement au cœur d'un quartier résidentiel dense — c'est toute son essence. La culture des bains japonais est née ici, dans ces établissements populaires. J'achète mon ticket à la machine à l'entrée et le remets à la dame de la caisse, puis je rejoins le vestiaire pour me changer. Les casiers eux-mêmes ont un charme rétro qui donne l'impression de remonter dans le temps jusqu'à l'ère Showa.
Avant d'entrer dans les bains, je voulais passer aux toilettes. J'ouvre la porte — et je me fige. Un homme couvert de tatouages des pieds à la tête était là, sans même avoir verrouillé. « P-pardon ! » me suis-je excusé. En toute objectivité, c'est lui qui aurait dû fermer à clé dans un espace public, mais éviter les conflits reste la priorité. À mon excuse, il a répondu : « Oh, pardon. » Ouf, je respire.
Kyoto compte de nombreux sento, et la plupart acceptent les personnes tatouées. Lors de ma précédente visite à Hakusanyu Rokujo-ten, il y avait quelqu'un de tatoué sur tout le corps, visage excepté. Sa présence m'avait un peu saisi, mais ça n'avait rien à voir avec le plaisir du sauna et du bain froid — j'avais simplement fait la part des choses. Cette fois, c'est pareil.
Les grands bains de Goko-yu s'étendent sur deux niveaux : au rez-de-chaussée, une grande variété de bassins ; à l'étage, le sauna, le bain froid et le bain en plein air. Il semble y avoir aussi un bain de pierre (ganban-yoku), moyennant supplément. Je me rince soigneusement avant de monter. L'homme aux tatouages croisé aux toilettes est là lui aussi, mais je l'ignore et entre dans la cabine de sauna.
Le sauna de Goko-yu est vraiment original : la cabine est divisée en deux parties séparées par une vitre centrale. Une porte permet de passer d'un côté à l'autre, et chaque section a sa propre température. On commence par le sauna classique, aux alentours de 85 °C, pour réchauffer progressivement le corps, puis on passe de l'autre côté dans le bona sauna à plus de 100 °C pour la dernière ligne droite.
Juste à la sortie du sauna se trouve le bain froid, alimenté en continu par les abondantes eaux souterraines de Kyoto. Sa profondeur comme sa surface sont tout à fait satisfaisantes. Une cascade tombe du plafond, et l'eau déborde en permanence du bassin, ce qui garantit une propreté irréprochable. Et surtout, l'eau est d'une douceur remarquable — aucune odeur de chlore. Cette eau souterraine naturelle et pure enveloppe tout le corps. Je me suis immergé jusqu'à la tête pour me refroidir de partout.
Juste à côté du bain froid se trouve le bain en plein air, avec des chaises pour se reposer. L'enchaînement est parfait. Un sento de quartier d'un tel niveau d'excellence... si j'habitais dans les environs, je ne mettrais plus jamais les pieds dans ma salle de bains.
Pendant ma détente en plein air, je ressens cette sensation de fraîcheur caractéristique des bains alimentés par des eaux souterraines. Curieusement, après un bain froid de bonne qualité, la sensation sur la peau est radicalement différente de celle que procure l'eau du robinet. C'est comme plonger dans de l'eau mentholée — un effet frais et légèrement pétillant. Le bain froid de Goko-yu doit être aux alentours de 18 °C, donc pas extrêmement glacial, mais il refroidit jusqu'au plus profond du corps. Un vrai bonheur.
Pour ma deuxième série, je reprends le même rythme — et l'homme aux tatouages est là, lui aussi. On transpire côte à côte en bonne harmonie, puis je replonge dans le bain froid. Enveloppé de cette fraîcheur incomparable, je termine mes deux séries. J'aurais bien continué pour une troisième, voire une quatrième, mais aujourd'hui c'est le jour du hashigo, alors je m'arrête là.
Je me rhabille en vitesse et sors. À cinq minutes à pied, ma prochaine étape m'attend : Hakusanyu Takatsuji-ten. Deux séries à Goko-yu, une marche qui fait office de détente en plein air, et trois séries à Hakusanyu Takatsuji-ten — le hashigo des sento sera accompli. Enchaîner deux établissements réputés dans tout le Japon... quel voyage luxueux ! Je marchais en pensant à tout ça quand l'enseigne de Hakusanyu Takatsuji-ten est apparue au loin.
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