Façade miyadaiku, karahafu, fresques du mont Fuji, bansudai, tsuboniwa, seau Kerorin. Découvrez leurs origines et leur sens, de la reconstruction après le séisme du Kantō à la renaissance en sento design.
Publié le: 09/01/2026
Façade miyadaiku, karahafu, fresques du mont Fuji, bansudai, tsuboniwa, seau Kerorin. Découvrez leurs origines et leur sens, de la reconstruction après le séisme du Kantō à la renaissance en sento design.
Publié le: 09/01/2026
Le sento rétro désigne un bain public qui a conservé de façon marquée l’architecture et l’esthétique des bains publics jusqu’à l’ère Shōwa. Il ne s’agit pas seulement d’un bâtiment ancien : la valeur réside dans des éléments restés tels quels, comme l’apparence miyadaiku évoquant un temple ou un sanctuaire, le karahafu ornant l’entrée, la fresque du mont Fuji peinte sur le mur du fond de la salle de bain, le bansudai à l’entrée du vestiaire, ou encore le tsuboniwa et les décorations en carreaux.
Ces choix esthétiques ne sont pas nés du hasard. Beaucoup se sont formés entre l’ère Taishō et l’ère Shōwa, liés à la vie urbaine, à la culture publicitaire et à la reconstruction après les catastrophes. Autrement dit, lire un sento rétro revient presque à suivre l’histoire du mode de vie et des styles architecturaux de Shōwa.
Dans cet article, nous présentons les principaux éléments architecturaux et décoratifs du sento rétro, en expliquant leur origine et leur sens. Les différences institutionnelles entre onsen et sento, notamment la loi sur les sources thermales et la loi sur les bains publics, sont traitées dans Différences entre onsen et sento, tandis que le choix parmi les différents types d’établissements de bain est abordé dans Types d’établissements de bain japonais. Cet article se concentre donc sur l’architecture et la culture de Shōwa.
Voici d’abord un tableau des éléments représentatifs que l’on retrouve souvent dans un sento rétro, avec leur origine et leur sens. Les différences régionales sont importantes, et les miyadaiku ainsi que les fresques du mont Fuji sont des traits fortement ancrés dans la culture du sento du Kantō, en particulier à Tokyo.
| Élément | Aperçu | Origine et sens |
|---|---|---|
| Miyadaiku | Extérieur imposant avec grand toit, rappelant un temple ou un sanctuaire | Style popularisé autour de Tokyo pendant la période de reconstruction après le grand séisme du Kantō (1923) |
| Karahafu | Ornement de toit courbe au-dessus de l’entrée | Décor considéré comme le plus prestigieux à l’époque d’Edo. On dit aussi qu’il évoque l’entrée vers la Terre pure |
| Fresque du mont Fuji | Grande peinture murale au fond de la salle de bain | Considérée comme née en 1912, au Kikai-yu de Kanda-Sarugakuchō, à Tokyo |
| Bansudai | Estrade élevée à l’entrée du vestiaire | Permettait de surveiller les vestiaires des hommes et des femmes tout en encaissant les frais d’entrée |
| Tsuboniwa | Petit jardin aménagé près du vestiaire ou de la salle de bain | Parfois doté d’un bassin avec des carpes, une manière d’intégrer la nature dans un espace restreint |
| Décor en carreaux | Images en céramique ornant les murs de la salle de bain | Culture décorative distincte des fresques du mont Fuji, parfois produite dans des centres comme Kutani |
| Seau Kerorin | Seau jaune en plastique | Symbole de Shōwa apparu en 1963 comme support publicitaire pour l’analgésique Kerorin |
Voyons maintenant, dans l’ordre, les éléments dont le contexte historique est particulièrement riche.
Quand on pense aux bains publics de Tokyo, on imagine souvent un grand toit et une silhouette majestueuse rappelant un temple ou un sanctuaire. Ce style, appelé miyadaiku, n’est en réalité pas si ancien.
Avant le grand séisme du Kantō de 1923, les bains publics de Tokyo étaient, comme ailleurs, surtout des bâtiments modestes de type machiya. Après l’incendie et la destruction de nombreux établissements, les charpentiers spécialisés dans les bâtiments religieux ont mis leur savoir-faire au service de la reconstruction. Ils ont ainsi créé des sento plus somptueux, avec un karahafu à l’entrée et un plafond à caissons ouvert dans le vestiaire. Le succès de ces bains a fait école, au point que Tokyo a fini par associer sento et miyadaiku. C’est pourquoi ce style est surtout répandu dans la région du Kantō, alors que d’autres régions privilégient des architectures différentes.
Le karahafu qui orne l’entrée est un décor de toit courbe, considéré comme le plus prestigieux à l’époque d’Edo. Le fait d’avoir intégré à un bain public un motif autrefois réservé aux temples, sanctuaires et châteaux montre bien la volonté de transformer le sento en lieu exceptionnel. On dit aussi que le karahafu symbolise une entrée vers la Terre pure. Pour une perspective plus large sur l’architecture des ryokan thermaux et des bains, voir Concevoir l’expérience de l’eau dans l’architecture onsen japonaise.
La fresque du mont Fuji qui domine le fond de la salle de bain est l’un des symboles du sento rétro. Son origine serait le Kikai-yu de Kanda-Sarugakuchō, à Tokyo, en 1912. Lors de la rénovation de la salle de bain, on voulut accrocher une peinture murale pour faire plaisir aux enfants, et le peintre occidentaliste Hiroshiro Kawagoe, originaire de la préfecture de Shizuoka, y représenta le mont Fuji de sa région natale. C’est ainsi que serait née cette tradition. Le Kikai-yu, lieu d’origine, a fermé en 1971, mais une plaque indiquant son statut de lieu de naissance de cette culture y est encore visible.
La diffusion du mont Fuji doit beaucoup, de manière inattendue, à la publicité. Des professionnels ont compris le potentiel de ces peintures populaires et ont créé un système dans lequel, au lieu d’installer un panneau publicitaire sous l’image, la peinture murale était réalisée gratuitement grâce aux sommes versées par les annonceurs. En se liant ainsi au modèle publicitaire, la fresque du mont Fuji s’est rapidement répandue dans les bains publics de tout le pays. Toutefois, cette culture est surtout propre au Kantō, et dans des régions comme Osaka, les bains sans mont Fuji peint sur le mur sont plus courants.
Aujourd’hui, les peintres capables de réaliser ces fresques sont devenus très rares, et la simple présence d’une peinture originale est parfois considérée comme précieuse. Même parmi les décorations murales, les carreaux peints, réalisés en céramique comme à Kutani, relèvent d’une tradition différente de la fresque du mont Fuji, avec des motifs et des couleurs qui varient selon les régions et les époques.
Le bansudai est une estrade élevée placée à l’entrée du vestiaire. Il servait à percevoir le paiement tout en surveillant les vestiaires des hommes et des femmes. Le plafond à caissons ouvert du vestiaire est également un trait typique des sento miyadaiku, créant à la fois une impression d’ouverture et de prestige.
Le tsuboniwa, petit jardin installé près de la salle de bain ou du vestiaire, est aussi un élément caractéristique des sento rétro. Certains disposent même d’un bassin avec des carpes, signe d’un effort pour introduire la nature dans un espace limité. Les hauts murs séparant les bains des hommes et des femmes, ainsi que les ornements placés au-dessus, témoignent aussi très bien des structures d’alors.
Ces dernières années, de plus en plus de sento remplacent le bansudai par un accueil de type front desk, après le dépôt des chaussures à l’entrée. La présence ou non d’un bansudai constitue donc un indice permettant d’évaluer dans quelle mesure le sento a conservé son architecture ancienne.
La culture de Shōwa se lit aussi dans les accessoires, comme le seau à eau chaude. Le seau jaune Kerorin a été créé en 1963 comme support publicitaire pour l’analgésique Kerorin. Au départ, il était blanc, mais on dit qu’il a été changé en jaune parce que les taches de calcaire y étaient trop visibles. Le premier lieu où il fut installé serait un établissement de bain de Tokyo, puis il se serait répandu dans les bains publics de tout le pays.
Bien qu’il s’agisse d’un objet consommable, le fait que ce même design ait été utilisé pendant plus d’un demi-siècle montre à quel point la culture publicitaire de Shōwa s’est intégrée au quotidien. Dans les sento rétro, chacun de ces petits objets transmet la texture concrète de la vie d’autrefois.
Quand on parle de sento rétro, on ne peut éviter le déclin des bains publics eux-mêmes. Selon la Fédération nationale des associations professionnelles de l’hygiène de vie des bains publics (Zenyuren), les sento ont atteint un pic d’environ 18 000 établissements en 1968, puis ont continué à diminuer avec la diffusion des bains domestiques pendant la haute croissance économique, pour tomber récemment sous la barre des 2 000. La disparition d’un seul sento miyadaiku signifie aussi la perte d’un lieu où architecture, décor et culture locale étaient réunis.
En revanche, ces dernières années, le mouvement des sento design, qui modernisent d’anciens bains publics, s’est aussi développé. Des architectes et des artistes interviennent pour conserver la structure traditionnelle et la culture des fresques murales tout en recréant des espaces capables de séduire les jeunes générations et les amateurs de sauna. À Tokyo, des cas comme celui de Kogane-yu à Kinshichō, rénové grâce à la collaboration entre architectes et artistes, sont connus pour avoir attiré non seulement les habitués du quartier, mais aussi un nouveau public. Le sento rétro n’est donc plus seulement un lieu de préservation du passé : il devient aussi un espace où l’on crée de nouvelles valeurs à partir des formes de Shōwa.
Si vous souhaitez visiter ce type de bains, consultez la liste des établissements pour rechercher ceux de votre région. Pour comprendre comment la culture japonaise du bain s’est développée au fil de l’histoire, voir aussi Histoire de la culture du bain au Japon.
Ils se sont surtout répandus dans la région de Tokyo pendant la reconstruction après le grand séisme du Kantō de 1923. Avant cela, les bains publics étaient principalement des bâtiments machiya modestes, mais durant la reconstruction, les charpentiers spécialisés dans les édifices religieux ont déployé leur savoir-faire, et le style somptueux avec karahafu et plafond à caissons s’est diffusé.
L’origine serait le Kikai-yu de Kanda-Sarugakuchō, à Tokyo, en 1912. En associant une peinture murale populaire à la publicité, un système a vu le jour : la peinture était réalisée gratuitement grâce aux revenus publicitaires, ce qui a favorisé sa diffusion dans de nombreuses régions. Toutefois, la fresque du mont Fuji reste surtout une culture du Kantō et n’est pas courante, par exemple, à Osaka.
Le bansudai est une estrade élevée placée à l’entrée du vestiaire, qui servait autrefois à la fois de comptoir et de poste de surveillance, en dominant les vestiaires des hommes et des femmes. De plus en plus de bains adoptent aujourd’hui un accueil de type front desk, et la présence d’un bansudai est un bon indice pour savoir si la structure ancienne a été conservée.
Lorsqu’il a été créé en 1963 comme support publicitaire pour un analgésique, il était d’abord blanc, mais on dit qu’il a été recoloré en jaune parce que les traces de calcaire y étaient trop visibles. Utilisé sous la même forme pendant plus d’un demi-siècle, il est devenu un symbole des sento de Shōwa.
Les bains publics eux-mêmes ont fortement diminué depuis leur pic de 1968, et de nouveaux bâtiments miyadaiku traditionnels sont presque inexistants. En revanche, on observe dans diverses régions un mouvement de renaissance sous forme de sento design, où d’anciens bains sont rénovés de manière contemporaine.
Les éléments qui subsistent dans les sento rétro, comme le miyadaiku, le karahafu, la fresque du mont Fuji, le bansudai, le tsuboniwa, les décorations en carreaux et le seau Kerorin, sont tous nés du lien entre la vie urbaine, la culture publicitaire et la reconstruction après les catastrophes entre les ères Taishō et Shōwa. Le miyadaiku s’est diffusé après le grand séisme du Kantō, tandis que la fresque du mont Fuji serait née au Kikai-yu en 1912 avant de se répandre avec la publicité. Connaître ce contexte permet de voir qu’un seul sento transmet à lui seul tout un pan de la vie de l’époque. Alors que les sento diminuent, un mouvement de renaissance sous forme de sento design a aussi commencé. Le sento rétro est une porte d’entrée précieuse pour vivre l’architecture et la culture de Shōwa.
Le sento rétro désigne un bain public qui a conservé de façon marquée l’architecture et l’esthétique des bains publics jusqu’à l’ère Shōwa. Il ne s’agit pas seulement d’un bâtiment ancien : la valeur réside dans des éléments restés tels quels, comme l’apparence miyadaiku évoquant un temple ou un sanctuaire, le karahafu ornant l’entrée, la fresque du mont Fuji peinte sur le mur du fond de la salle de bain, le bansudai à l’entrée du vestiaire, ou encore le tsuboniwa et les décorations en carreaux.
Ces choix esthétiques ne sont pas nés du hasard. Beaucoup se sont formés entre l’ère Taishō et l’ère Shōwa, liés à la vie urbaine, à la culture publicitaire et à la reconstruction après les catastrophes. Autrement dit, lire un sento rétro revient presque à suivre l’histoire du mode de vie et des styles architecturaux de Shōwa.
Dans cet article, nous présentons les principaux éléments architecturaux et décoratifs du sento rétro, en expliquant leur origine et leur sens. Les différences institutionnelles entre onsen et sento, notamment la loi sur les sources thermales et la loi sur les bains publics, sont traitées dans Différences entre onsen et sento, tandis que le choix parmi les différents types d’établissements de bain est abordé dans Types d’établissements de bain japonais. Cet article se concentre donc sur l’architecture et la culture de Shōwa.
Voici d’abord un tableau des éléments représentatifs que l’on retrouve souvent dans un sento rétro, avec leur origine et leur sens. Les différences régionales sont importantes, et les miyadaiku ainsi que les fresques du mont Fuji sont des traits fortement ancrés dans la culture du sento du Kantō, en particulier à Tokyo.
| Élément | Aperçu | Origine et sens |
|---|---|---|
| Miyadaiku | Extérieur imposant avec grand toit, rappelant un temple ou un sanctuaire | Style popularisé autour de Tokyo pendant la période de reconstruction après le grand séisme du Kantō (1923) |
| Karahafu | Ornement de toit courbe au-dessus de l’entrée | Décor considéré comme le plus prestigieux à l’époque d’Edo. On dit aussi qu’il évoque l’entrée vers la Terre pure |
| Fresque du mont Fuji | Grande peinture murale au fond de la salle de bain | Considérée comme née en 1912, au Kikai-yu de Kanda-Sarugakuchō, à Tokyo |
| Bansudai | Estrade élevée à l’entrée du vestiaire | Permettait de surveiller les vestiaires des hommes et des femmes tout en encaissant les frais d’entrée |
| Tsuboniwa | Petit jardin aménagé près du vestiaire ou de la salle de bain | Parfois doté d’un bassin avec des carpes, une manière d’intégrer la nature dans un espace restreint |
| Décor en carreaux | Images en céramique ornant les murs de la salle de bain | Culture décorative distincte des fresques du mont Fuji, parfois produite dans des centres comme Kutani |
| Seau Kerorin | Seau jaune en plastique | Symbole de Shōwa apparu en 1963 comme support publicitaire pour l’analgésique Kerorin |
Voyons maintenant, dans l’ordre, les éléments dont le contexte historique est particulièrement riche.
Quand on pense aux bains publics de Tokyo, on imagine souvent un grand toit et une silhouette majestueuse rappelant un temple ou un sanctuaire. Ce style, appelé miyadaiku, n’est en réalité pas si ancien.
Avant le grand séisme du Kantō de 1923, les bains publics de Tokyo étaient, comme ailleurs, surtout des bâtiments modestes de type machiya. Après l’incendie et la destruction de nombreux établissements, les charpentiers spécialisés dans les bâtiments religieux ont mis leur savoir-faire au service de la reconstruction. Ils ont ainsi créé des sento plus somptueux, avec un karahafu à l’entrée et un plafond à caissons ouvert dans le vestiaire. Le succès de ces bains a fait école, au point que Tokyo a fini par associer sento et miyadaiku. C’est pourquoi ce style est surtout répandu dans la région du Kantō, alors que d’autres régions privilégient des architectures différentes.
Le karahafu qui orne l’entrée est un décor de toit courbe, considéré comme le plus prestigieux à l’époque d’Edo. Le fait d’avoir intégré à un bain public un motif autrefois réservé aux temples, sanctuaires et châteaux montre bien la volonté de transformer le sento en lieu exceptionnel. On dit aussi que le karahafu symbolise une entrée vers la Terre pure. Pour une perspective plus large sur l’architecture des ryokan thermaux et des bains, voir Concevoir l’expérience de l’eau dans l’architecture onsen japonaise.
La fresque du mont Fuji qui domine le fond de la salle de bain est l’un des symboles du sento rétro. Son origine serait le Kikai-yu de Kanda-Sarugakuchō, à Tokyo, en 1912. Lors de la rénovation de la salle de bain, on voulut accrocher une peinture murale pour faire plaisir aux enfants, et le peintre occidentaliste Hiroshiro Kawagoe, originaire de la préfecture de Shizuoka, y représenta le mont Fuji de sa région natale. C’est ainsi que serait née cette tradition. Le Kikai-yu, lieu d’origine, a fermé en 1971, mais une plaque indiquant son statut de lieu de naissance de cette culture y est encore visible.
La diffusion du mont Fuji doit beaucoup, de manière inattendue, à la publicité. Des professionnels ont compris le potentiel de ces peintures populaires et ont créé un système dans lequel, au lieu d’installer un panneau publicitaire sous l’image, la peinture murale était réalisée gratuitement grâce aux sommes versées par les annonceurs. En se liant ainsi au modèle publicitaire, la fresque du mont Fuji s’est rapidement répandue dans les bains publics de tout le pays. Toutefois, cette culture est surtout propre au Kantō, et dans des régions comme Osaka, les bains sans mont Fuji peint sur le mur sont plus courants.
Aujourd’hui, les peintres capables de réaliser ces fresques sont devenus très rares, et la simple présence d’une peinture originale est parfois considérée comme précieuse. Même parmi les décorations murales, les carreaux peints, réalisés en céramique comme à Kutani, relèvent d’une tradition différente de la fresque du mont Fuji, avec des motifs et des couleurs qui varient selon les régions et les époques.
Le bansudai est une estrade élevée placée à l’entrée du vestiaire. Il servait à percevoir le paiement tout en surveillant les vestiaires des hommes et des femmes. Le plafond à caissons ouvert du vestiaire est également un trait typique des sento miyadaiku, créant à la fois une impression d’ouverture et de prestige.
Le tsuboniwa, petit jardin installé près de la salle de bain ou du vestiaire, est aussi un élément caractéristique des sento rétro. Certains disposent même d’un bassin avec des carpes, signe d’un effort pour introduire la nature dans un espace limité. Les hauts murs séparant les bains des hommes et des femmes, ainsi que les ornements placés au-dessus, témoignent aussi très bien des structures d’alors.
Ces dernières années, de plus en plus de sento remplacent le bansudai par un accueil de type front desk, après le dépôt des chaussures à l’entrée. La présence ou non d’un bansudai constitue donc un indice permettant d’évaluer dans quelle mesure le sento a conservé son architecture ancienne.
La culture de Shōwa se lit aussi dans les accessoires, comme le seau à eau chaude. Le seau jaune Kerorin a été créé en 1963 comme support publicitaire pour l’analgésique Kerorin. Au départ, il était blanc, mais on dit qu’il a été changé en jaune parce que les taches de calcaire y étaient trop visibles. Le premier lieu où il fut installé serait un établissement de bain de Tokyo, puis il se serait répandu dans les bains publics de tout le pays.
Bien qu’il s’agisse d’un objet consommable, le fait que ce même design ait été utilisé pendant plus d’un demi-siècle montre à quel point la culture publicitaire de Shōwa s’est intégrée au quotidien. Dans les sento rétro, chacun de ces petits objets transmet la texture concrète de la vie d’autrefois.
Quand on parle de sento rétro, on ne peut éviter le déclin des bains publics eux-mêmes. Selon la Fédération nationale des associations professionnelles de l’hygiène de vie des bains publics (Zenyuren), les sento ont atteint un pic d’environ 18 000 établissements en 1968, puis ont continué à diminuer avec la diffusion des bains domestiques pendant la haute croissance économique, pour tomber récemment sous la barre des 2 000. La disparition d’un seul sento miyadaiku signifie aussi la perte d’un lieu où architecture, décor et culture locale étaient réunis.
En revanche, ces dernières années, le mouvement des sento design, qui modernisent d’anciens bains publics, s’est aussi développé. Des architectes et des artistes interviennent pour conserver la structure traditionnelle et la culture des fresques murales tout en recréant des espaces capables de séduire les jeunes générations et les amateurs de sauna. À Tokyo, des cas comme celui de Kogane-yu à Kinshichō, rénové grâce à la collaboration entre architectes et artistes, sont connus pour avoir attiré non seulement les habitués du quartier, mais aussi un nouveau public. Le sento rétro n’est donc plus seulement un lieu de préservation du passé : il devient aussi un espace où l’on crée de nouvelles valeurs à partir des formes de Shōwa.
Si vous souhaitez visiter ce type de bains, consultez la liste des établissements pour rechercher ceux de votre région. Pour comprendre comment la culture japonaise du bain s’est développée au fil de l’histoire, voir aussi Histoire de la culture du bain au Japon.
Ils se sont surtout répandus dans la région de Tokyo pendant la reconstruction après le grand séisme du Kantō de 1923. Avant cela, les bains publics étaient principalement des bâtiments machiya modestes, mais durant la reconstruction, les charpentiers spécialisés dans les édifices religieux ont déployé leur savoir-faire, et le style somptueux avec karahafu et plafond à caissons s’est diffusé.
L’origine serait le Kikai-yu de Kanda-Sarugakuchō, à Tokyo, en 1912. En associant une peinture murale populaire à la publicité, un système a vu le jour : la peinture était réalisée gratuitement grâce aux revenus publicitaires, ce qui a favorisé sa diffusion dans de nombreuses régions. Toutefois, la fresque du mont Fuji reste surtout une culture du Kantō et n’est pas courante, par exemple, à Osaka.
Le bansudai est une estrade élevée placée à l’entrée du vestiaire, qui servait autrefois à la fois de comptoir et de poste de surveillance, en dominant les vestiaires des hommes et des femmes. De plus en plus de bains adoptent aujourd’hui un accueil de type front desk, et la présence d’un bansudai est un bon indice pour savoir si la structure ancienne a été conservée.
Lorsqu’il a été créé en 1963 comme support publicitaire pour un analgésique, il était d’abord blanc, mais on dit qu’il a été recoloré en jaune parce que les traces de calcaire y étaient trop visibles. Utilisé sous la même forme pendant plus d’un demi-siècle, il est devenu un symbole des sento de Shōwa.
Les bains publics eux-mêmes ont fortement diminué depuis leur pic de 1968, et de nouveaux bâtiments miyadaiku traditionnels sont presque inexistants. En revanche, on observe dans diverses régions un mouvement de renaissance sous forme de sento design, où d’anciens bains sont rénovés de manière contemporaine.
Les éléments qui subsistent dans les sento rétro, comme le miyadaiku, le karahafu, la fresque du mont Fuji, le bansudai, le tsuboniwa, les décorations en carreaux et le seau Kerorin, sont tous nés du lien entre la vie urbaine, la culture publicitaire et la reconstruction après les catastrophes entre les ères Taishō et Shōwa. Le miyadaiku s’est diffusé après le grand séisme du Kantō, tandis que la fresque du mont Fuji serait née au Kikai-yu en 1912 avant de se répandre avec la publicité. Connaître ce contexte permet de voir qu’un seul sento transmet à lui seul tout un pan de la vie de l’époque. Alors que les sento diminuent, un mouvement de renaissance sous forme de sento design a aussi commencé. Le sento rétro est une porte d’entrée précieuse pour vivre l’architecture et la culture de Shōwa.