Pourquoi les onsen japonais sont-ils liés à la foi depuis des siècles ? Analyse neutre des légendes d'origine, de Yakushi Nyorai, des sanctuaires onsen et du rituel yutate.
Publié le: 28/06/2026
Pourquoi les onsen japonais sont-ils liés à la foi depuis des siècles ? Analyse neutre des légendes d'origine, de Yakushi Nyorai, des sanctuaires onsen et du rituel yutate.
Publié le: 28/06/2026
Les onsen japonais ont depuis longtemps été associés à la foi. L’eau qui jaillit du sol est un bienfait difficile à expliquer par la seule nature, et dans tout le pays, on a transmis des récits reliant sa découverte et ses vertus aux divinités. La présence de sanctuaires et de temples dans les régions thermales, ainsi que de lieux nommés « onsen jinja » ou « onsen-dera », témoigne de cet héritage.
Pour aller droit au but, le lien entre les onsen et la foi peut se résumer en trois formes. Premièrement, les légendes d’origine, qui attribuent la découverte d’une source à un grand moine, à une divinité ou à un animal. Deuxièmement, les croyances qui placent l’eau elle-même, ou la station thermale, sous la protection des divinités, comme le culte de Yakushi Nyorai ou les sanctuaires onsen. Troisièmement, les rites tels que le yutate shinshi, qui utilisent l’eau pour offrir des prières. Cet article examine ces trois aspects pour expliquer, de manière objective, le lien entre les onsen et la foi.
Il faut préciser que beaucoup de légendes d’origine et de récits de découverte présentés ici ne sont pas des faits historiquement vérifiés, mais des traditions locales transmises au fil du temps. Les personnages et les dates varient souvent selon les versions. Sans promouvoir ni rejeter aucune religion, cet article décrit ces éléments comme des croyances et des éléments culturels. Pour la culture du soin par les bains, voir aussi Qu’est-ce que le toji ?, et pour l’histoire de la culture du bain, Histoire de la culture du bain au Japon.
Une légende d’origine est un récit qui explique quand, par qui et comment un onsen a été découvert. Dans de nombreuses stations thermales, de tels récits ont été conservés. Les lieux où jaillit l’eau chaude ont attiré l’attention des populations depuis l’Antiquité, et au fil de la transmission de leur origine, des figures comme des divinités, de grands moines ou des animaux sont apparues comme acteurs du récit.
Il faut toutefois noter que la plupart de ces légendes ne sont pas des archives historiques, mais des récits de prestige élaborés plus tard. Dans une même station thermale, plusieurs traditions peuvent coexister, et l’identité du découvreur supposé comme la date ne sont pas toujours fixées. Dans cet article, nous traitons donc la légende d’origine comme une histoire fondatrice chère à la région, sans trancher sur sa véracité.
On peut distinguer plusieurs grands types de légendes. En résumé, il s’agit de récits où un grand moine aurait découvert ou fait jaillir la source, où un animal blessé aurait été vu en train de se soigner dans l’eau, et où un oracle ou une manifestation divine serait intervenu.
| Type | Contenu de la légende | Complément |
|---|---|---|
| Découverte par un grand moine | On raconte qu’un moine célèbre comme Gyōki ou Kōbō Daishi (Kūkai) a trouvé la source au cours de ses pérégrinations, ou qu’il l’a fait jaillir | Répandu dans tout le pays. Il s’agit souvent d’une mise en valeur fondée sur le nom d’un moine célèbre, sans qu’on puisse l’affirmer comme fait historique |
| Découverte par un animal | On raconte qu’un cygne, une grue, un héron blanc, un ours ou un cerf a montré le pouvoir de l’eau en guérissant ses blessures | Des traces subsistent dans des noms comme « Sagi no Yu » ou « Tsuru no Yu ». Ce type de récit se retrouve dans de nombreuses régions |
| Manifestation divine | On raconte que l’eau a été découverte ou protégée par un oracle, une incarnation ou une manifestation de Yakushi Nyorai ou d’un autre dieu | Souvent lié à l’origine de sanctuaires onsen ou d’onsen-dera. Son caractère religieux est particulièrement marqué |
Les noms qui reviennent souvent dans les légendes d’origine sont ceux du moine de l’époque de Nara Gyōki et du moine de l’époque de Heian Kōbō Daishi (Kūkai). Dans de nombreux lieux, on transmet des récits du type « Gyōki a ouvert cette source » ou « l’eau a jailli là où Kōbō Daishi a planté son bâton ». Si le nom de ces moines apparaît si largement, c’est probablement parce que l’on a voulu conférer prestige et autorité à l’histoire locale en l’associant à des figures religieuses renommées.
C’est pourquoi on ne peut pas prendre ces récits pour des faits historiques au pied de la lettre. Dans bien des stations thermales, il n’existe aucune preuve solide que Gyōki ou Kōbō Daishi aient réellement visité l’endroit, alors qu’une légende similaire y est pourtant transmise. Il est plus juste de comprendre ici une forme narrative partagée à l’échelle nationale, fondée sur le thème de la « découverte par un grand moine ».
Un autre type très répandu raconte qu’un animal blessé se soignait dans une source thermale, et que les humains ont ainsi découvert les vertus de l’eau. On y trouve des grues, des hérons, des hérons blancs, mais aussi des ours ou des cerfs. Des noms liés à des animaux, comme « Sagi no Yu » ou « Tsuru no Yu », sont parfois conservés dans les stations thermales ou aux sources, et ces appellations sont associées à ce genre de récit.
Là encore, il ne s’agit pas d’un cas propre à un lieu précis, mais d’un modèle largement répandu dans tout le Japon. Le fait d’attribuer la découverte des vertus de l’eau à un animal plutôt qu’à un humain traduit une sensibilité qui considère l’onsen comme un don de la nature. Ici aussi, il vaut mieux comprendre la structure du récit plutôt que d’affirmer l’efficacité elle-même comme un fait.
Le lien entre les onsen et la foi ne se limite pas aux récits de découverte. L’eau elle-même, ou la station thermale, a été considérée comme placée sous la protection des divinités et est devenue objet de vénération. Les principaux exemples en sont le culte de Yakushi Nyorai et l’existence des sanctuaires onsen.
Yakushi Nyorai est une figure bouddhique largement vénérée comme le Bouddha qui sauve les êtres de leurs souffrances. Dans les régions thermales, il existe souvent des temples ou des pavillons dédiés à Yakushi Nyorai. On trouve partout des temples et sanctuaires portant des noms comme « onsen-dera » ou « yu gongen », et la foi en Yakushi Nyorai s’est superposée à celle en la vertu de l’eau thermale. Cela reflète le souhait de guérison par le bain et la foi dans un Bouddha censé sauver les êtres. Cet article ne juge pas cette croyance, mais la décrit comme un élément culturel enraciné dans les régions thermales.
Par ailleurs, on trouve dans de nombreuses régions des sanctuaires appelés onsen jinja. Ils incarnent une croyance qui vénère la source thermale, ou la station thermale elle-même, comme une manifestation du divin ou une bénédiction des dieux. Souvent installés à l’entrée ou au centre des stations thermales, ils ont été transmis comme lieux de gratitude pour la bénédiction de l’eau et de prière pour la sécurité. Il n’est pas rare que le culte bouddhique de Yakushi Nyorai et les sanctuaires onsen coexistent dans une même station, ce qui témoigne du syncrétisme shinto-bouddhique qui a longtemps marqué le Japon.
L’existence de ces temples et sanctuaires montre que l’onsen n’était pas seulement une installation de bain, mais aussi un lieu lié à la foi locale et à la vie quotidienne. La manière dont les Japonais ont considéré l’onsen comme un lieu à part est également abordée d’un point de vue culturel dans Pourquoi les Japonais aiment-ils les onsen et les saunas ?.
Le lien entre onsen et foi apparaît aussi dans les rites utilisant l’eau. L’un d’eux est le yutate shinshi.
Le yutate shinshi est un rite shinto accompli dans l’enceinte d’un sanctuaire, où l’on fait bouillir de l’eau dans un grand chaudron. Cette eau bouillie est ensuite utilisée dans le rituel, souvent en y plongeant du bambou sacré ou des bandelettes de papier, puis en l’aspergeant sur les fidèles ou autour d’eux. On l’accomplit pour prier pour la santé, des récoltes abondantes, ou pour prédire la fortune de l’année. Dans certaines régions, il est transmis sous la forme de yutate kagura, associé au kagura.
Il faut toutefois noter que le yutate shinshi n’utilise pas forcément de l’eau thermale. Il s’agit d’un rite où l’eau bouillie sert de support à la purification et à la prière, et il a été pratiqué dans des sanctuaires partout au Japon, pas seulement dans les régions thermales. Cela dit, l’idée de traiter l’eau comme quelque chose de sacré et de l’utiliser dans un espace de prière rejoint la sensibilité qui a toujours considéré l’onsen comme une bénédiction. C’est pourquoi ce rite est souvent cité dans le contexte du lien entre onsen et foi, comme exemple d’une culture où l’eau dépasse le simple bain quotidien pour devenir objet de purification et de prière.
Pour parler du rapport entre foi et onsen, il ne faut pas oublier le shugendō. Le shugendō est une pratique fondée sur les croyances de montagne, qui consiste à pénétrer dans les massifs et à s’astreindre à de sévères ascèses pour acquérir de la force.
Les zones de vapeur liées à l’activité volcanique, ainsi que les régions thermales au fort odeur de soufre, ont souvent été appelées « jigoku », l’enfer. Dans le cadre du shugendō, de tels lieux difficiles d’accès ont parfois été perçus comme des lieux saints, c’est-à-dire des terres sacrées dédiées à l’ascèse et à la foi. Les colonnes de vapeur et les paysages inhabituels étaient compris comme des espaces où l’on pouvait ressentir une force dépassant l’entendement humain.
Autrement dit, la région thermale était à la fois un lieu de soin par le bain et, à travers son relief volcanique, un lieu de foi. Le fait qu’un même onsen ait pu avoir ces deux visages, un espace apaisé de bain et un territoire de vapeur sauvage considéré comme sacré, montre l’ampleur du rapport entre onsen et foi. Là encore, ces liens reposent sur des traditions et croyances locales, et ne peuvent pas être expliqués de manière uniforme.
La plupart ne sont pas des faits historiquement vérifiés, mais des récits transmis localement. Dans une même station thermale, plusieurs versions peuvent coexister, et l’identité du découvreur comme la date ne sont pas toujours fixées. Les légendes attribuant la découverte à Gyōki ou à Kōbō Daishi sont largement répandues dans tout le pays et doivent être comprises comme une forme narrative associant le nom d’un grand moine à l’origine du lieu. Cet article ne tranche pas sur leur véracité.
On pense que l’on a voulu renforcer le prestige et l’autorité de l’histoire locale en associant l’origine du onsen à un moine célèbre. C’est pourquoi des récits similaires subsistent même dans des lieux où aucune trace de visite réelle n’existe. Ils se sont diffusés à l’échelle nationale comme un modèle narratif partagé.
C’est un sanctuaire fondé sur la vénération de la source thermale ou de la station thermale elle-même comme étant divine, ou comme une bénédiction des dieux. Il se lit « onsen jinja » ou « yuzen jinja » et se trouve dans de nombreuses régions. Il a été installé à l’entrée ou au centre des stations thermales comme lieu de gratitude envers la bénédiction de l’eau et de prière pour la sécurité.
Pas nécessairement. Le yutate shinshi est un rite qui utilise de l’eau bouillie dans un chaudron comme support de purification et de prière, et il a été pratiqué dans des sanctuaires partout au Japon, pas seulement dans les régions thermales. Le fait de traiter l’eau comme sacrée rejoint la sensibilité qui considère l’onsen comme une bénédiction.
Non, il ne se limite pas à une religion particulière. Les éléments bouddhiques, comme le culte de Yakushi Nyorai, coexistent souvent avec des éléments shintoïstes, comme les sanctuaires onsen, dans une même station thermale. Cela révèle une forme de foi mêlant les divinités et les bouddhas. Cet article ne recommande ni ne rejette aucune croyance et les présente de manière neutre comme un fait culturel.
Les onsen japonais ont longtemps été associés à la foi, dans une vision où l’eau jaillissante était respectée comme un bienfait de la nature. Ce lien apparaît dans les légendes d’origine reliant la découverte des sources à de grands moines, à des animaux ou à des divinités, dans le culte de Yakushi Nyorai et les sanctuaires onsen qui placent l’eau et les stations thermales sous protection divine, dans le yutate shinshi qui utilise l’eau pour prier, et même dans le shugendō qui considère les zones de vapeur comme des lieux sacrés.
La plupart de ces éléments ne sont pas des faits historiquement confirmés, mais des traditions et croyances transmises localement. C’est précisément pour cela qu’en visitant une station thermale, les sanctuaires, les temples et les noms d’animaux associés aux sources révèlent la manière dont ce lieu a entretenu son rapport à l’eau. En considérant l’onsen non seulement comme une expérience de bain, mais aussi comme un lieu lié à la foi et à l’histoire, on comprend plus profondément la culture thermale japonaise.
Les onsen japonais ont depuis longtemps été associés à la foi. L’eau qui jaillit du sol est un bienfait difficile à expliquer par la seule nature, et dans tout le pays, on a transmis des récits reliant sa découverte et ses vertus aux divinités. La présence de sanctuaires et de temples dans les régions thermales, ainsi que de lieux nommés « onsen jinja » ou « onsen-dera », témoigne de cet héritage.
Pour aller droit au but, le lien entre les onsen et la foi peut se résumer en trois formes. Premièrement, les légendes d’origine, qui attribuent la découverte d’une source à un grand moine, à une divinité ou à un animal. Deuxièmement, les croyances qui placent l’eau elle-même, ou la station thermale, sous la protection des divinités, comme le culte de Yakushi Nyorai ou les sanctuaires onsen. Troisièmement, les rites tels que le yutate shinshi, qui utilisent l’eau pour offrir des prières. Cet article examine ces trois aspects pour expliquer, de manière objective, le lien entre les onsen et la foi.
Il faut préciser que beaucoup de légendes d’origine et de récits de découverte présentés ici ne sont pas des faits historiquement vérifiés, mais des traditions locales transmises au fil du temps. Les personnages et les dates varient souvent selon les versions. Sans promouvoir ni rejeter aucune religion, cet article décrit ces éléments comme des croyances et des éléments culturels. Pour la culture du soin par les bains, voir aussi Qu’est-ce que le toji ?, et pour l’histoire de la culture du bain, Histoire de la culture du bain au Japon.
Une légende d’origine est un récit qui explique quand, par qui et comment un onsen a été découvert. Dans de nombreuses stations thermales, de tels récits ont été conservés. Les lieux où jaillit l’eau chaude ont attiré l’attention des populations depuis l’Antiquité, et au fil de la transmission de leur origine, des figures comme des divinités, de grands moines ou des animaux sont apparues comme acteurs du récit.
Il faut toutefois noter que la plupart de ces légendes ne sont pas des archives historiques, mais des récits de prestige élaborés plus tard. Dans une même station thermale, plusieurs traditions peuvent coexister, et l’identité du découvreur supposé comme la date ne sont pas toujours fixées. Dans cet article, nous traitons donc la légende d’origine comme une histoire fondatrice chère à la région, sans trancher sur sa véracité.
On peut distinguer plusieurs grands types de légendes. En résumé, il s’agit de récits où un grand moine aurait découvert ou fait jaillir la source, où un animal blessé aurait été vu en train de se soigner dans l’eau, et où un oracle ou une manifestation divine serait intervenu.
| Type | Contenu de la légende | Complément |
|---|---|---|
| Découverte par un grand moine | On raconte qu’un moine célèbre comme Gyōki ou Kōbō Daishi (Kūkai) a trouvé la source au cours de ses pérégrinations, ou qu’il l’a fait jaillir | Répandu dans tout le pays. Il s’agit souvent d’une mise en valeur fondée sur le nom d’un moine célèbre, sans qu’on puisse l’affirmer comme fait historique |
| Découverte par un animal | On raconte qu’un cygne, une grue, un héron blanc, un ours ou un cerf a montré le pouvoir de l’eau en guérissant ses blessures | Des traces subsistent dans des noms comme « Sagi no Yu » ou « Tsuru no Yu ». Ce type de récit se retrouve dans de nombreuses régions |
| Manifestation divine | On raconte que l’eau a été découverte ou protégée par un oracle, une incarnation ou une manifestation de Yakushi Nyorai ou d’un autre dieu | Souvent lié à l’origine de sanctuaires onsen ou d’onsen-dera. Son caractère religieux est particulièrement marqué |
Les noms qui reviennent souvent dans les légendes d’origine sont ceux du moine de l’époque de Nara Gyōki et du moine de l’époque de Heian Kōbō Daishi (Kūkai). Dans de nombreux lieux, on transmet des récits du type « Gyōki a ouvert cette source » ou « l’eau a jailli là où Kōbō Daishi a planté son bâton ». Si le nom de ces moines apparaît si largement, c’est probablement parce que l’on a voulu conférer prestige et autorité à l’histoire locale en l’associant à des figures religieuses renommées.
C’est pourquoi on ne peut pas prendre ces récits pour des faits historiques au pied de la lettre. Dans bien des stations thermales, il n’existe aucune preuve solide que Gyōki ou Kōbō Daishi aient réellement visité l’endroit, alors qu’une légende similaire y est pourtant transmise. Il est plus juste de comprendre ici une forme narrative partagée à l’échelle nationale, fondée sur le thème de la « découverte par un grand moine ».
Un autre type très répandu raconte qu’un animal blessé se soignait dans une source thermale, et que les humains ont ainsi découvert les vertus de l’eau. On y trouve des grues, des hérons, des hérons blancs, mais aussi des ours ou des cerfs. Des noms liés à des animaux, comme « Sagi no Yu » ou « Tsuru no Yu », sont parfois conservés dans les stations thermales ou aux sources, et ces appellations sont associées à ce genre de récit.
Là encore, il ne s’agit pas d’un cas propre à un lieu précis, mais d’un modèle largement répandu dans tout le Japon. Le fait d’attribuer la découverte des vertus de l’eau à un animal plutôt qu’à un humain traduit une sensibilité qui considère l’onsen comme un don de la nature. Ici aussi, il vaut mieux comprendre la structure du récit plutôt que d’affirmer l’efficacité elle-même comme un fait.
Le lien entre les onsen et la foi ne se limite pas aux récits de découverte. L’eau elle-même, ou la station thermale, a été considérée comme placée sous la protection des divinités et est devenue objet de vénération. Les principaux exemples en sont le culte de Yakushi Nyorai et l’existence des sanctuaires onsen.
Yakushi Nyorai est une figure bouddhique largement vénérée comme le Bouddha qui sauve les êtres de leurs souffrances. Dans les régions thermales, il existe souvent des temples ou des pavillons dédiés à Yakushi Nyorai. On trouve partout des temples et sanctuaires portant des noms comme « onsen-dera » ou « yu gongen », et la foi en Yakushi Nyorai s’est superposée à celle en la vertu de l’eau thermale. Cela reflète le souhait de guérison par le bain et la foi dans un Bouddha censé sauver les êtres. Cet article ne juge pas cette croyance, mais la décrit comme un élément culturel enraciné dans les régions thermales.
Par ailleurs, on trouve dans de nombreuses régions des sanctuaires appelés onsen jinja. Ils incarnent une croyance qui vénère la source thermale, ou la station thermale elle-même, comme une manifestation du divin ou une bénédiction des dieux. Souvent installés à l’entrée ou au centre des stations thermales, ils ont été transmis comme lieux de gratitude pour la bénédiction de l’eau et de prière pour la sécurité. Il n’est pas rare que le culte bouddhique de Yakushi Nyorai et les sanctuaires onsen coexistent dans une même station, ce qui témoigne du syncrétisme shinto-bouddhique qui a longtemps marqué le Japon.
L’existence de ces temples et sanctuaires montre que l’onsen n’était pas seulement une installation de bain, mais aussi un lieu lié à la foi locale et à la vie quotidienne. La manière dont les Japonais ont considéré l’onsen comme un lieu à part est également abordée d’un point de vue culturel dans Pourquoi les Japonais aiment-ils les onsen et les saunas ?.
Le lien entre onsen et foi apparaît aussi dans les rites utilisant l’eau. L’un d’eux est le yutate shinshi.
Le yutate shinshi est un rite shinto accompli dans l’enceinte d’un sanctuaire, où l’on fait bouillir de l’eau dans un grand chaudron. Cette eau bouillie est ensuite utilisée dans le rituel, souvent en y plongeant du bambou sacré ou des bandelettes de papier, puis en l’aspergeant sur les fidèles ou autour d’eux. On l’accomplit pour prier pour la santé, des récoltes abondantes, ou pour prédire la fortune de l’année. Dans certaines régions, il est transmis sous la forme de yutate kagura, associé au kagura.
Il faut toutefois noter que le yutate shinshi n’utilise pas forcément de l’eau thermale. Il s’agit d’un rite où l’eau bouillie sert de support à la purification et à la prière, et il a été pratiqué dans des sanctuaires partout au Japon, pas seulement dans les régions thermales. Cela dit, l’idée de traiter l’eau comme quelque chose de sacré et de l’utiliser dans un espace de prière rejoint la sensibilité qui a toujours considéré l’onsen comme une bénédiction. C’est pourquoi ce rite est souvent cité dans le contexte du lien entre onsen et foi, comme exemple d’une culture où l’eau dépasse le simple bain quotidien pour devenir objet de purification et de prière.
Pour parler du rapport entre foi et onsen, il ne faut pas oublier le shugendō. Le shugendō est une pratique fondée sur les croyances de montagne, qui consiste à pénétrer dans les massifs et à s’astreindre à de sévères ascèses pour acquérir de la force.
Les zones de vapeur liées à l’activité volcanique, ainsi que les régions thermales au fort odeur de soufre, ont souvent été appelées « jigoku », l’enfer. Dans le cadre du shugendō, de tels lieux difficiles d’accès ont parfois été perçus comme des lieux saints, c’est-à-dire des terres sacrées dédiées à l’ascèse et à la foi. Les colonnes de vapeur et les paysages inhabituels étaient compris comme des espaces où l’on pouvait ressentir une force dépassant l’entendement humain.
Autrement dit, la région thermale était à la fois un lieu de soin par le bain et, à travers son relief volcanique, un lieu de foi. Le fait qu’un même onsen ait pu avoir ces deux visages, un espace apaisé de bain et un territoire de vapeur sauvage considéré comme sacré, montre l’ampleur du rapport entre onsen et foi. Là encore, ces liens reposent sur des traditions et croyances locales, et ne peuvent pas être expliqués de manière uniforme.
La plupart ne sont pas des faits historiquement vérifiés, mais des récits transmis localement. Dans une même station thermale, plusieurs versions peuvent coexister, et l’identité du découvreur comme la date ne sont pas toujours fixées. Les légendes attribuant la découverte à Gyōki ou à Kōbō Daishi sont largement répandues dans tout le pays et doivent être comprises comme une forme narrative associant le nom d’un grand moine à l’origine du lieu. Cet article ne tranche pas sur leur véracité.
On pense que l’on a voulu renforcer le prestige et l’autorité de l’histoire locale en associant l’origine du onsen à un moine célèbre. C’est pourquoi des récits similaires subsistent même dans des lieux où aucune trace de visite réelle n’existe. Ils se sont diffusés à l’échelle nationale comme un modèle narratif partagé.
C’est un sanctuaire fondé sur la vénération de la source thermale ou de la station thermale elle-même comme étant divine, ou comme une bénédiction des dieux. Il se lit « onsen jinja » ou « yuzen jinja » et se trouve dans de nombreuses régions. Il a été installé à l’entrée ou au centre des stations thermales comme lieu de gratitude envers la bénédiction de l’eau et de prière pour la sécurité.
Pas nécessairement. Le yutate shinshi est un rite qui utilise de l’eau bouillie dans un chaudron comme support de purification et de prière, et il a été pratiqué dans des sanctuaires partout au Japon, pas seulement dans les régions thermales. Le fait de traiter l’eau comme sacrée rejoint la sensibilité qui considère l’onsen comme une bénédiction.
Non, il ne se limite pas à une religion particulière. Les éléments bouddhiques, comme le culte de Yakushi Nyorai, coexistent souvent avec des éléments shintoïstes, comme les sanctuaires onsen, dans une même station thermale. Cela révèle une forme de foi mêlant les divinités et les bouddhas. Cet article ne recommande ni ne rejette aucune croyance et les présente de manière neutre comme un fait culturel.
Les onsen japonais ont longtemps été associés à la foi, dans une vision où l’eau jaillissante était respectée comme un bienfait de la nature. Ce lien apparaît dans les légendes d’origine reliant la découverte des sources à de grands moines, à des animaux ou à des divinités, dans le culte de Yakushi Nyorai et les sanctuaires onsen qui placent l’eau et les stations thermales sous protection divine, dans le yutate shinshi qui utilise l’eau pour prier, et même dans le shugendō qui considère les zones de vapeur comme des lieux sacrés.
La plupart de ces éléments ne sont pas des faits historiquement confirmés, mais des traditions et croyances transmises localement. C’est précisément pour cela qu’en visitant une station thermale, les sanctuaires, les temples et les noms d’animaux associés aux sources révèlent la manière dont ce lieu a entretenu son rapport à l’eau. En considérant l’onsen non seulement comme une expérience de bain, mais aussi comme un lieu lié à la foi et à l’histoire, on comprend plus profondément la culture thermale japonaise.