Au réveil ce matin-là, je n'avais rien prévu. Je pensais passer le week-end chez moi, comme d'habitude.
Mais au moment où j'ai ouvert les rideaux, quelque chose s'est allumé en moi : l'envie de partir.
J'ai suivi ma routine matinale comme à mon habitude, puis je suis monté en voiture. Pendant la période où j'avais mis les voyages en pause, j'en avais profité pour éplucher les établissements de tout le Japon et dresser une liste de ceux que je voulais absolument visiter. Kyoto en particulier regorgeait d'adresses que je me demandais comment j'avais pu rater jusqu'ici. Cette fois, je comptais bien les voir toutes.
J'ai pris la route, traversé le détroit de Naruto, filé à travers l'île d'Awaji. Je me suis arrêté dans une aire de repos pour souffler, et j'en ai profité pour réserver mon hôtel du soir. C'est ça, ma façon de voyager : impulsif, instinctif, au feeling. Une fois qu'on a franchi le plus dur — le départ — on laisse faire les choses. Je réserve l'hôtel en roulant. Sans exigences démesurées, il y a toujours une chambre quelque part. En plusieurs années de voyages comme ça, je n'ai jamais eu à dormir dans ma voiture. L'improvisation, ça marche.
Ma première destination, Sukkama Genji no Yu, se trouve à Seika-cho, dans la préfecture de Kyoto. Situé au sud de Kyoto, le secteur fait partie de la cité scientifique et culturelle du Kansai, avec la Bibliothèque nationale de la Diète et des centres de recherche de grandes entreprises tout autour. Un homme cultivé voudrait peut-être visiter la bibliothèque nationale plutôt que les bains... mais franchement, ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'importe, c'est de plonger dans un onsen et de transpirer dans un sauna.
En sortant du parking, une bonne odeur de bois qui brûle m'a accueilli. Guidé par ce parfum, je me suis dirigé vers le bâtiment en bois, à l'allure paisible et chaleureuse. Passé le noren, j'ai découvert le concept de l'établissement : un « lieu de cure de quartier » alliant sauna coréen sukkama et sources naturelles.
Mais au fait, qu'est-ce qu'un sukkama ? En un mot : c'est un sauna inspiré du « four à charbon de bois » (sukkama) traditionnel coréen. À l'origine, ces fours servent à fabriquer du charbon. Mais une fois le charbon sorti, il reste dans les parois de pierre une chaleur résiduelle intense. S'y allonger pour réchauffer le corps en profondeur est une pratique de santé ancestrale. Sukkama Genji no Yu est l'un des rares endroits au Japon où l'on peut vivre cette expérience.
Après l'accueil, je me dirige vers le grand bain. L'intérieur est vaste, avec une atmosphère d'auberge traditionnelle japonaise — rien qu'en se promenant, on se sent déjà bien. En général, je peux deviner si un établissement sera excellent avant même de mettre un pied dans les bains. L'air ambiant, l'attitude du personnel, la propreté, l'univers visuel... tout ça me donne une conviction immédiate. Et là, avec Sukkama Genji no Yu, c'était une certitude dès l'entrée.
Je me change dans de grands casiers impeccables, puis j'entre dans le grand bain. L'espace intérieur joue sur le bois, l'espace extérieur sur la pierre. Le bain en plein air est particulièrement beau, avec un jardin magnifique et un vaste bassin de rochers alimenté par des sources naturelles. Je me lave, je m'immerge dans l'onsen... et je sens peu à peu mon corps se délier après des heures de route. La force des sources thermales est vraiment remarquable. L'atmosphère ouverte du bain extérieur amplifie encore ce bien-être. Et le fait de pouvoir profiter de ce grand bassin en solitaire... c'est un luxe à part entière.
Après m'être bien réchauffé, je me dirige vers le sauna. En ouvrant la porte du sauna, je découvre sur la droite un sauna basse température avec löyly en libre-service, et sur la gauche un sauna haute température. Je commence par ce dernier pour chauffer le corps en profondeur. Un grand poêle à sauna chargé de pierres trône dans la pièce, avec un löyly automatique toutes les 30 minutes. Le thermomètre affiche 100 °C, et la chaleur est effectivement intense. Je transpire en regardant une émission de plateau à la grande télé, puis je file vers le bain froid.
Le bain froid est parfait sous tous les angles : taille, profondeur, température. Il peut accueillir une dizaine de personnes, est assez profond pour s'y immerger entièrement, affiche 16 °C, et l'eau y circule en permanence pour une fraîcheur irréprochable. Bref, c'est parfait.
L'espace de détente extérieur compte une quinzaine de chaises longues, et son emplacement — à cinq secondes du bain froid — est, lui aussi, parfait. Je m'essuie sans attendre, m'effondre dans un fauteuil, et je laisse le soleil m'envelopper tout en contemplant le beau jardin. Peu à peu, ma conscience se trouble. Je vais et viens entre le monde réel et une sorte d'état second, sans rien faire, en attendant que l'énergie pour reprendre le cours des choses remonte d'elle-même. C'est peut-être ce qu'il y a de plus luxueux au monde.
Et puis, être là un matin — c'est fantastique. Il n'y a pas de plus belle façon de commencer une journée. J'ai enchaîné les cycles sauna → bain froid → détente extérieure → onsen, et après 3 séries, j'avais atteint un état de sérénité absolue.