Le vendredi soir, j'ai terminé le travail à 18h → pris l'avion à 20h → atterri à l'aéroport de Haneda à 21h30. Un enchaînement aussi fluide qu'un sauna → bain froid → repos en plein air.
Je voyageais depuis l'aéroport de Haneda jusqu'à la station Oimachi, mais malgré l'heure tardive (vers 22h), le train était bondé. Pour quelqu'un comme moi qui vit retiré à la campagne, 22h est normalement l'heure où je dors — pourtant dans la capitale Tokyo, l'ambiance criait que la nuit ne faisait que commencer. L'estomac noué, j'ai changé de ligne à la gare de Shinagawa pour la Keihin-Tohoku et suis arrivé à Oimachi.
Après un rapide check-in dans un hôtel d'affaires du coin, je suis reparti vers ma destination au bout d'une minute dans la chambre. Ce soir, je visite Shinagawa Sauna, le sauna où l'on peut dormir. Un établissement tout neuf, ouvert en juin 2024, qui n'existait pas quand j'habitais à Tokyo. Il fait parler de lui parmi les amateurs de sauna dans tout le pays, a même été cité dans des magazines spécialisés — j'avais l'œil dessus depuis un moment.
En marchant vers l'établissement, une enseigne avec le mot SAUNA attire mon regard. Je passe sous le noren, je fais mon check-in, et me voilà en route vers le grand bain où trône le sauna. L'espace est étroit, et les vestiaires donnent une impression d'exiguïté, mais le sauna lui-même est d'une qualité irréprochable.
D'abord, en entrant dans le grand bain, le monde a changé. Au centre de la salle, baignée dans une lumière tamisée, trônent trois bains froids : le Little Mermaid à 19°C, le Single à 8°C, et le bain neutre à 30°C. Deux cabines de sauna (Kuu -KUU- et Zen -ZEN-) les encerclent. En montant l'escalier vers le toit, on découvre un espace qui mérite amplement le nom d'oasis : un bassin chaud au centre, plus de vingt chaises de repos tout autour — allongées, assises, de tous types — pour choisir selon ses envies. Mais ce qui est vraiment remarquable, c'est l'atmosphère générale. Le plafond et les murs sont couverts de végétaux, donnant l'impression de se reposer en plein air dans une forêt tropicale. De nombreuses personnes profitent de l'espace extérieur, toutes semblant se laisser enivrer par cet endroit.
Après ce tour d'horizon, je commence ma session. Shinagawa Sauna propose deux cabines : Zen -ZEN-, axée sur l'introspection avec la possibilité de faire son propre löyly, et Kuu -KUU-, où l'on peut aussi profiter d'événements comme l'aufguss.
Pour la première série, j'entre dans Zen -ZEN-. Le thème de la salle de thé est parfaitement rendu : un parfum de thé flotte dans l'air, les assises sont en tatami, et des séparations assurent un espace privé à chacun. Le concept de l'introspection est magnifiquement incarné. Assis sur le tatami, les yeux fermés, en concentrant mon attention sur ma respiration, j'oublie que je suis en plein cœur de la ville. Quand je verse de l'eau aromatisée sur les pierres, la vapeur envahit la cabine en répandant un délicat parfum de thé. Rares sont les établissements qui proposent un löyly au thé dans tout le pays — une expérience précieuse dont je suis reconnaissant.
Après le sauna, je choisis le bain froid Little Mermaid à 19°C. Installé au centre du bain, on y accède en montant des marches — cela me rappelle le Yurakkusu de la préfecture de Kumamoto. Ce bain a une profondeur de 140 cm, conçu pour qu'on puisse s'y immerger entièrement. Alors que beaucoup d'établissements l'interdisent, ici on vous y invite franchement. Combler le vœu des passionnés de sauna, voilà qui fait plaisir. Une fois refroidi de la tête aux pieds, je suis monté vers l'espace de repos en plein air sur le toit.
L'atmosphère de cet espace est vraiment magnifique — à contempler les plantes luxuriantes, on risque de s'endormir sans s'en rendre compte. Quelques personnes semblaient d'ailleurs déjà assoupies et ronflaient, mais avec une ambiance aussi proche d'une véritable oasis, difficile de leur en vouloir. Je me dis qu'on peut recréer une expérience de fusion avec la nature même dans un espace citadin restreint. Il n'est pas nécessaire d'être en pleine nature pour cela : si l'on matérialise une vision comme Shinagawa Sauna l'a fait, on peut offrir une expérience tout aussi intense. Une belle leçon.
Pour la deuxième série, j'entre dans Kuu -KUU-, la cabine où l'on peut profiter de l'aufguss. Les bancs en L permettent d'admirer deux poêles iki. Alors que je laisse mon corps se réchauffer, un membre du personnel est entré avec de l'eau aromatisée et nous a lancé ces mots : « Nous venons tout juste de faire un aufguss, mais comme c'est vendredi et qu'il est tard, j'aimerais vous en donner un autre jusqu'à épuisement de mes forces ! » Ce genre de chose, je n'en avais jamais vécu. Quel sens de l'hospitalité. Les autres clients présents ont ri spontanément. Il a alors versé l'eau aromatisée sur les pierres : le bon parfum de citronnelle s'est répandu dans la pièce tandis qu'une vague de chaleur intense déferlait. On aurait dit que la fierté du personnel se déversait avec la chaleur, ce qui la rendait encore plus intense. Arrivé à ma limite, j'ai plongé dans le bain froid.
En profitant de la détente en plein air sur le toit, je ressentais une vraie joie d'avoir vécu une expérience aussi exceptionnelle dès le début de ce voyage. Comme cet aufguss en rab, certaines expériences ne sont possibles qu'en voyageant. Chaque établissement a son propre concept, sa propre architecture, totalement différente — et chaque expérience s'inscrit profondément dans ma vie. Les expériences dans les sources chaudes et les saunas en particulier me mettent toujours au premier plan, sollicitent à la fois l'esprit et les cinq sens, et laissent une empreinte intense dans la mémoire. C'est pour ça que je ne peux pas m'arrêter de voyager en quête de saunas.
Après cette expérience de sauna absolument sublime à Shinagawa Sauna, il était passé 1h du matin quand je suis rentré à l'hôtel. Depuis combien d'années n'avais-je pas veillé aussi tard ? Pour quelqu'un qui mène une vie retirée, c'est une bonne dose de stimulation. Il est parfois utile de chambouler son rythme de vie. En me retournant ces pensées dans la tête pour me justifier, allongé sur le lit, je me suis laissé glisser sans m'en rendre compte dans un profond sommeil.
Demain, je rejoins la préfecture de Saitama dès le matin pour y visiter un établissement d'exception.